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Monday 15 October 2018 14:33

Tentative de comparaison concernant l’enneigement de Saint-Etienne Ville et celui d’Andrézieux-Bouthéon

Tentative de comparaison concernant l’enneigement de Saint-Etienne Ville et celui d’Andrézieux-Bouthéon

Cette modeste étude a pour but de faire ressortir un phénomène souvent observé par les habitants de la grande région stéphanoise mais qui ne fait pas l’objet d’une documentation très abondante (du moins sur la base des recherches, pas excessivement approfondies il est vrai, que j’ai entreprises depuis un certain nombre d’années) ; à savoir le constat d’un enneigement plus abondant et plus durable, en règle générale, sur Saint-Etienne et la plupart de ses communes limitrophes, que sur le site du CDM de la Loire à Andrézieux-Bouthéon (environ 15 km au NO de la « Ville aux 7 Collines »).

1- Approche méthodologique

            Il convient tout d’abord de bien cerner les limites de cette « étude ». Pour cela il nous faut poser quelques jalons. Saint-Etienne sera ici réduite à son territoire communal amputé de celui des communes associées de Saint-Victor-sur-Loire (bords de Loire, plus bas que la ville et non contigu) et Rochetaillée (« trop haut », 775m d’altitude à la mairie, 1117m pour le point culminant). En fait nous réduirons même Saint-Etienne à son secteur urbanisé qui est étagé grosso modo entre 450 et 700m d’altitude, ce qui implique déjà des différences sensibles entre les secteurs « hauts » et les secteurs « bas ».

            Il est bien évident que le cœur du sujet repose sur le fait qu’Andrézieux-Bouthéon (400m d’altitude), située tout au sud de la Plaine du Forez, une entité géographique assez plane (320-400m), est la station de référence lorsque Saint-Etienne est évoquée dans les diverses chroniques climatologiques ou bien dans les médias nationaux. Or, entre ladite Plaine et le site collinaire adossé au massif du Pilat où se situe la ville de Saint-Etienne, que de différences !

2- Paramètres climatologiques de base (températures moyennes et précipitations)

            Deux petits tableaux nous permettront de mieux appréhender, d’un coup d’œil, la nature des différences ressenties par les habitants de la région.

Normales des précipitations en mm   Période : 1961-1990

 

JAN

FEV

MAR

AVR

MAI

JUI

JUL

AOU

SEP

OCT

NOV

DEC

ANNEE

Bouthéon

38

33

44

62

93

76

64

76

69

62

51

41

   708

Saint-Etienne

49

45

57

78

107

81

73

79

77

73

64

56

   838

Moyennes mensuelles des températures  Période : 1961-1990

 

 

JAN

FEV

MAR

AVR

MAI

JUI

JUL

AOU

SEP

OCT

NOV

DEC

ANNEE

Bouthéon

 

2.4

4.0

6.1

8.8

12.9

16.4

19.2

18.6

16.0

11.7

6.3

3.0

10.5

Saint-Etienne

2.0

3.2

5.3

8.2

12.2

15.6

18.4

17.8

15.2

10.9

5.7

2.6

9.8

 

Pour MF le poste de Saint-Etienne (ville) est situé à 590 m d’altitude. Eu égard à l’étagement de la ville, il s’agit là d’une bonne altitude « moyenne ». S’agit-il de La Métare ou bien de la ZAC du Grand Clos ? Je l’ignore (d’ailleurs, si un lecteur a des infos précises à me faire parvenir…) mais ceci n’est pas d’une importance capitale pour la suite étant donné qu’il s’agit vraisemblablement d’un poste baladeur. Je m’explique : antérieurement les relevés étaient effectués à la station de La Rivière (qui a dû disparaître depuis, sauf erreur de ma part) à l’altitude de 564m, par exemple pour la période de référence 46-65 qui figure dans certains vieux ouvrages dont j’ai perdu les références, hélas, mille fois hélas ! A une date inconnue de moi ce poste fut transféré à La Métare et la suite du roman m’échappe ; il faudra que je songe à demander des renseignements au CDM…

Quoi qu’il en soit on notera le faible écart de température entre Bouthéon et St-E : 0.7° à peine pour 190m d’écart, sachant que le gradient thermique vertical moyen est de l’ordre de 0.6°/100m. Je ne spéculerai pas sur les raisons de ce faible écart… elles sont forcément multiples, disons juste que le relief et l’exposition semblent être les principales. La différence apparaît plus accusée en ce qui concerne les précipitations : 130mm d’écart sur l’année, avec une régularité mensuelle qui ne se dément que de juin à septembre où les écarts se resserrent. Le Pilat joue bien son rôle de « barrière » montagneuse.

Ce bref survol permet  d’entr’apercevoir la réalité concrète que nous nous efforçons d’aborder, le surcroît d’enneigement au sein de l’aire urbaine de Saint-Etienne par rapport aux secteurs les plus proches de la Plaine du Forez.

3- Données spécifiquement relatives à l’enneigement…

            Autant le dire d’emblée, il y aura là autant de spéculations que de chiffres avérés du fait du manque de données fiables sur la ville elle-même. Si l’on s’en réfère à l’ouvrage de Gérard Staron, L’hiver dans le Massif Central français, la Plaine du Forez (secteur d’Andrézieux) « est la seule région basse du massif où la persistance au sol est supérieure au nombre de chutes, avec 23 et 20 jours ». Plus loin, il précise : « La ville de Saint-Etienne, elle-même, varie, selon les séries, entre 27 jours (1946-1965) et 32 (1959-1976) » en ce qui concerne l’enneigement. Ce qui, compte tenu de l’incertitude liée aux périodes de référence, nous fait tout de même de 4 à 9 jours de persistance supplémentaire du manteau blanc en faveur de la Préfecture ligérienne. Pour de plus amples renseignements, du même auteur mais plutôt relatifs à l’hiver 2004-2005, vous pouvez toujours consulter le site de Michel Gagnard :

La météo à temps perdu, vous y trouverez, dans le premier bulletin de l’Association Météorologique d’entre Rhône et Loire, un article des plus intéressant ainsi que deux chroniques radiophoniques référencées (provisoirement ?) sur la page d’accueil.

            Plus concrètement, il est toujours possible de se lancer dans le périlleux exercice consistant à comparer les épaisseurs entre les deux lieux qui nous intéressent tout en gardant à l’esprit le fait que l’étagement ainsi que l’étalement de la ville impliquent de fortes nuances locales, par quartiers pour ainsi dire, avec une nette distinction entre le centre et les collines (qui sont donc bien mieux achalandées en matière d’or blanc, cela va sans dire). Ainsi, depuis 1946, les épaisseurs les plus remarquables atteintes à Andrézieux-Bouthéon sont, par ordre décroissant :

  • 54 cm pour l’hiver 70-71 (Saint Sylvestre et premier janvier)
  • 42 cm en décembre 1990
  • 41 cm le 26 novembre 1982
  • 35 à 40 cm le 25 janvier 1948
  • 30 à 40 cm le 7 janvier 1994 (sans plus de précision dans le bulletin 1994 du CDM de la Loire )
  • 34 cm le 19 novembre 1952

Maintenant, nous allons voir de quelles « données » nous disposons pour la ville de Saint-Etienne :

  •  ?  pour l’hiver 70-71, « des anciens » m’ont parlé de 70- 80 cm sur les collines (Dame Blanche), je n’ai malheureusement pas d’autre source.
  •  ?  pour le début décembre 1990, un article de La Tribune-Le Progrès de cette époque, que j’ai lu, faisait état de 50 cm dans le centre, ceci étant à peu près corroboré par les réponses que me fournirent peu de temps après les gens que j’avais interrogés à ce sujet. J’ai personnellement vu les monticules issus du déneigement en cette fin de mois de décembre 1990, ils étaient extrêmement impressionnants sur la Place Jean Jaurès.
  •  ? les 26-27 novembre 1982. Seules données fiables en ma possession : 112.5 mm relevés le 26/11/82 et encore 18.2 mm le 27/11/82 pour le poste de La Métare , certainement un record pour des précipitations neigeuses sur la ville! Gérard Staron (encore lui !), dans son ouvrage déjà cité, rapporte 42 cm « dans son jardin » (était-ce déjà du côté de Geoffroy Guichard, donc à 500m d’altitude ?). La plupart des gens que j’ai interrogés à ce sujet, et qui ont donc vécu l’événement, témoignent de 50 à 60 cm dans le centre et d’environ 80 cm sur les plus hautes collines telles que la Dame Blanche , une fois de plus. Thoupie, sur les forums d’Infoclimat, précise détenir des coupures de journaux de l’époque relatant jusqu’à 1 mètre dans les quartiers hauts de la ville (fiabilité de tous ces témoignages ?). Ceci est un cas très particulier sur lequel il conviendrait de s’attarder davantage. J’en profite d’ailleurs pour lancer un appel à témoins, dans l’éventualité où certains lecteurs détiendraient des informations plus précises…
  • Je ne possède aucun document relatif à janvier 48 et novembre 52…
  • Par contre je suis témoin direct du 7 janvier 1994 et les 40 cm y étaient à coup sûr (Place Fourneyron). Impossible d’en déduire imparablement quoi que ce soit pour les points plus hauts et plus bas. Cependant je veux bien croire qu’il y ait eu moins à Bouthéon et un peu plus sur les collines.
  • Il convient de rajouter à cette liste non exhaustive les près de 30 cm des 05/01/97 et 11/01/99 (relevés perso, mais vers la Place Jacquard , au pied de la colline de Montaud pour être exact) ainsi que les 25- 30 cm des 7 et 8 mars 2005, et là ce sont les chiffres de Bouthéon qui me font défaut exception faite de janvier 97 où le bulletin annuel du CDM signale que « l’épaisseur du manteau neigeux d’une dizaine de centimètres en plaine, dépasse les 30 cm sur nos montagnes ». On peut donc supputer, à bon droit, un très net avantage en faveur de Saint-Etienne ; ce n’est pas franchement une surprise…

Ce très sommaire aperçu des variations de notre climat local sur de très faibles distances mériterait incontestablement d’être approfondi tant la question est susceptible d’intéresser un certain nombre de personnes fréquentant ce site. Pour une mise en perspective à l’échelle du Massif Central, je recommanderais volontiers la lecture de l’ouvrage de Gérard Staron, abondamment cité dans ces quelques paragraphes, que les Publications de l’Université de Saint-Etienne ont édité. Tous les chiffres présentés ici sont issus de l’édition de 1993.

Dossier établit par GXXIII le 14/01/2006 - Toute reproduction interdite - © La Météo du Massif Central

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